Pierre Fleury, curé de Quincy 1er maire de la commune de 1732-1813



Lorsque vous pénétrez dans le cimetière de Quincy situé dans l’ancienne garenne seigneuriale, en bordure du plateau qui domine la vallée du Cher, la grille d’entrée franchie, arrêtez-vous devant la première tombe à votre droite.

Abandonnée, oubliée, elle offre un triste spectacle. Rongée par les intempéries la pierre gélive est dans un état déplorable. La croix de métal rouillé, usée par le temps, ne tient que par miracle. Les visiteurs indifférents passent rapidement, sans un regard, devant ce monument. Y sont inscrits ces simples mots :

A
LA MÉMOIRE
DE P.FLEURY
ANCIEN PRÊTRE DE
QUINCY DÉCÉDÉ EN 1813

Le personnage oublié a marqué l’histoire de notre village où il vécut pendant 54 années. Curé d’ancien régime il traversa la période révolutionnaire qui fut particulièrement délicate pour le clergé et décéda à la fin du Premier Empire dont il ignora la chute.

« le 28 février 1832 a été baptisé Pierre, né d’hier, fils légitime de maître Adrien Fleury et de Marie Leclerc. A été parrain maître Pierre Fleury grand-père, marraine dame Josselin présents et soussignés. »

C’est ainsi que, dans le registre paroissial de l’église Notre Dame de Vierzon, Pierre Fleury entre dans l’histoire.

Il est issu de familles aisées de la bourgeoisie commerçante de la ville. Du côté paternel, depuis des générations, on travaillait le cuir. L’ancêtre, déjà prénommé Pierre, sous le règne de Louis XIII était cordonnier. (1)

L’arrière grand-père, encore un Pierre, exerçait toujours cette profession. Cependant il commença à évoluer en se lançant dans le commerce des peaux.

Son fils, toujours un Pierre, grand-père et parrain de notre héros, cordonnier et maître tanneur, continuait la tradition. Il avait épousé en seconde noce Marie Merceret issue d’une famille de marchands bouchers. Cette dernière donna naissance, le 28 février 1708, à Adrien, père de notre futur curé.

Adrien Fleury abandonna la cordonnerie, sans doute peu viable à Vierzon, pour se consacrer uniquement à son métier de marchand tanneur. Le 16 janvier 1731 il épousa Marie Leclerc fille de Jean Leclerc marchand boucher et de Marie Bissereau.

Les jeunes époux s’installèrent sans doute dans la maison familiale des Fleury comme le laisse supposer le contrat de mariage. (2)

C’est dans cette demeure que naquit Pierre l’année suivante. Il sera l’aîné d’une nombreuse famille. On ne dénombrera pas moins de quinze naissances chez le couple. Seulement sept garçons et deux filles atteindront l’âge adulte.

Nous ne savons rien de la petite enfance de Pierre. Les nombreuses grossesses de la mère firent qu’il fut souvent confié aux soins de servantes. Le père, absorbé par son travail, était souvent absent. Robuste, intelligent, autoritaire par nécessité notre héros fut ainsi bien armé pour la vie.

Souvent il séjournait chez un oncle de son père, lui aussi prénommé Pierre, curé et prieur de Thénioux. Il y retrouvait le cousin Adrien de deux ans son aîné, neveu du prêtre. Les deux enfants se lièrent d’une profonde et durable amitié. Ils assistaient l’oncle dans les cérémonies religieuses et c’est tout naturellement qu’ils acquirent leur vocation. Pierre décida d’abandonner la succession paternelle et le père, rassuré par sa nombreuse progéniture, n’y vit aucun inconvénient.

Après de solides études qu collège de Vierzon (3) le jeune homme fut prêt à entrer au séminaire de Bourges installé dans le magnifique bâtiment élevé au siècle précédent par le fastueux archevêque Phélipeaux de la Vrillière. En ce lieu imposant il rejoindra le cousin Adrien entré l’année précédente. (4)

Pierre y fit de longs séjours. Les exercices du séminaire commençaient le quinze du mois d’octobre et ne finissaient que le quinze du mois d’août. L’emploi du temps était très chargé, le travail intensif sous la férule du cardinal de la Rochefoucauld qui, d’une poigne de fer, avait entrepris de réformer le clergé du diocèse. (5)

Les longues années d’études s’achevèrent. Pierre fut ordonné prêtre en 1756. il avait alors 24 ans.

Au début de l’année 1757 il fut nommé vicaire à Vignoux sur Barangeon où, mal rétribué, il déchargeait le curé de nombreuses tâches ingrates.

Sans doute bien considéré, ayant des relations grâce à sa famille au long passé religieux et tout particulièrement au curé prieur de Thénioux, il n’attendit pas longtemps pour obtenir une cure. Au début du mois de février 1759 l’occasion se présenta. Le curé Devilliers, en charge de la paroisse de Quincy depuis 1729 fut appelé à d’autres fonctions. Pierre le remplaça et fut titularisé dès le mois de septembre. Il n’avait que 27 ans.

Pierre Fleury sous l’ancien régime (1759 - 1789)

Nous ne possédons que peu de documents concernant la vie de Pierre Fleury pendant les trente premières années de son long séjour à Quincy. Elle fut sans doute celle de la plupart des curés de campagne à cette époque.

Il jouissait d’un presbytère spacieux pour un célibataire. Au cours des années il l’aménagea à sa guise. Il comprenait une cuisine, un petit salon, une chambre à coucher, un cabinet sans cheminée (6), un petit lavoir, une petite décharge, un cellier, une écurie, une petite grange, un poulailler, une grande cour et un jardin, le tout contenant un arpent environ, soit près de un demi hectare. (7)

Une servante tenait son ménage et un manœuvre venait s’occuper du cheval et effectuer les gros travaux extérieurs. Plus tard sa sœur Catherine demeurée célibataire lui tiendra compagnie.

En plus de la messe journalière célébrée entre six et sept heures (8), des vêpres, des visites aux malades, aux familles, des tâches administratives, le curé assurait les baptêmes, les mariages et les décès. Il devait tenir l’état civil dont il pouvait délivrer des extraits.

Il assurait le catéchisme dimanches et fêtes à heures fixes du premier dimanche de novembre à la fin juillet et trois fois par semaine en Avant et en Carême « …pour instruire les enfants de la paroisse des principes de la foi et leur apprendre à l’obéissance qu’ils doivent premièrement à Dieu et ensuite à leurs parents… » les cours étaient obligatoires de sept à quatorze ans, sous peine d’amende du procureur fiscal. Ils précédaient la communion qui avait lieu à un âge avancé. La tâche était ardue car comment mettre dans la tête d’enfants pas toujours motivés, qui pour la plupart ne savaient pas lire, un volume de catéchisme ?

Notre curé jouait aussi le rôle d’agent du roi. La monarchie attendait du prêtre qu’il mette sa qualité de notable, son autorité spirituelle au service de la police. (9)

Il signalait au procureur fiscal les gens sans aveu, les inconnus circulant dans la paroisse. A la messe dominicale il remontait en chaire et avant le dernier évangile transmettait alors les avis administratifs, les nouvelles paroissiales. Parfois il n’hésitait pas à prendre les gens à partie. En période de calamité, lors des épizooties qui décimaient le bétail il devait viser les certificats de sortie établis par le syndic de la paroisse à l’usage des bêtes conduites à la foire. (10)

En plus de ces occupations austères il devait assurer sa subsistance. Cet homme énergique n’était pas de ceux qui négligent leurs intérêts. Il avait le sens des affaires et savait gérer avec habileté ses revenus.

C’est ainsi que le 2 mars 1766, il réunit l’assemblée des habitants du village en présence d’un notaire pour demander l’installation à ses frais d’un pressoir et d’une cuve afin de recueillir le vin de vignes qui était « ... le revenu principal de la cure. » Lui-même et ses héritiers après sa mort pourront en disposer librement. (11)

En 1776 il engagea un procès contre les puissants et riches chanoines de la cathédrale Saint Etienne de Bourges qui collectant la dîme des blés de la paroisse de Quincy devaient en rétrocéder un sixième au prêtre. Ils négligeaient la plupart du temps de le faire. Grâce à sa ténacité et à son habileté Pierre gagna le procès malgré des adversaires redoutables et obtint satisfaction. (12)

La famille demeurait très présente dans sa vie. Il se déplaçait volontiers chez ses parents à Vierzon et assistait, quand il en avait la possibilité, aux cérémonies. Il retrouvait l’oncle Pierre à Thénioux et le cousin Adrien devenu curé de Châtres sur Cher. Il accueillait aussi les siens à Quincy et eut la satisfaction de marier dans son église plusieurs de ses frères et sœurs ainsi que des proches.

C’est le 2 février 1761 que son cousin germain Jean LeclerC épousait Marie Anne Laurent fille du fermier de la seigneurie. Les deux époux s’installèrent dans la ferme de Cornançay.

Le 28 février 1764 eurent lieu les épousailles de son frère Etienne l’aîné marchand tanneur à Vierzon.

Le 29 juin 1765 ce fut le tour de son frère Jean Baptiste qui épousait sa cousine Marie, sœur du curé Adrien présent à la cérémonie.

Le 20 février 1781 Pierre célébra les noces de la petite dernière Marie Madeleine qui s’alliait à Antoine Seguin, principal du collège Chevalier de Bourges. Nous les rencontrerons à nouveau lors d’une période difficile.

Après ces journées bien remplies il retrouvait le calme de son presbytère et tout particulièrement le jardin qu’il avait aménagé et dont voici la description extraite de l’inventaire des biens effectué après son décès.

« …Un grand jardin de 10 ares 14 centiares divisé en sept carrés bien plantés d’arbres fruitiers de plusieurs espèces, un cabinet couvert de charmille renfermé de toutes parts par une haie vive et un enclos situé au midi des bâtiments contenant environ 10 ares et 94 centiares de terre planté en arbres à fruits et semé en légumes. » (13)

Sans doute mangeait-il avec gourmandise les fruits de son verger et les légumes de son potager. A la belle saison il devait lire et méditer sous la tonnelle, peut-être devant un pichet de vin blanc de ses vignes.

Mais la révolution était en marche. Elle gagna le Berry et Pierre, homme d’action devait y participer.

Pierre Fleury dans la tempête révolutionnaire (1789 - 1799)

En 1776 Pierre Fleury s’était révolté contre les injustices qu’un haut clergé méprisant faisait subir aux modestes curés et vicaires. C’est donc tout naturellement que comme un grand nombre de ces derniers il approuva la Révolution.

Il participa certainement à la rédaction du cahier de doléances de la paroisse de Quincy qui hélas a disparu. Le 28 février 1790 il fut choisi par les électeurs maire de la commune nouvellement créée avec une majorité écrasante de 90 voix sur 95 votants. Ce résultat, véritable plébiscite, confirmait la popularité et l’estime que ressentaient pour lui les Quinçois. Il ne demeura que peu de mois à la tête de la municipalité car le 16 novembre 1790 il donna sa démission pour obéir au décret de l’Assemblée Nationale Constituante qui jugeait incompatible la fonction curiale avec celle d’officier municipal. Cependant il demeura le membre le plus influent et absolument indispensable du Conseil Municipal. Il continuera à tenir le premier registre de délibérations pendant les années qui vont suivre.

Il prêta serment à la Constitution civile du clergé et le 2 janvier 1791 le renouvela. (14)

Le 10 août 1792 le roi Louis XVI, jugé complice de l’étranger, fut emprisonné et la Convention nationale proclama la République le 22 septembre. La Révolution allait entrer dans sa phase critique, attaquée de l’extérieur par la plupart des pays d’Europe et de l’intérieur par ses adversaires politiques.

Pierre Fleury adhéra à la Société populaire de Mehun créée fin 1792, chargée tout particulièrement de défendre la République et de faire appliquer ses lois. (15) Si Pierre ne fut pas un cas unique dans le département du Cher il fit cependant partie d’une petite minorité agissante de prêtres très attachés au nouveau régime.

Ce fut la période où, avec ses collègues, il oeuvra beaucoup en faveur des Quinçois.

Le devoir de la municipalité fut d’assurer le maintien de l’ordre, de réprimer les abus et les imprudences. Lourde et ingrate tâche qui fut dès 1795 confiée à un juge de paix établi à Lazenay.

Les moyens financiers étant très faibles les travaux entrepris furent rares. Il faut cependant signaler la construction d’un mur autour du cimetière.

Les plus grandes difficultés se rencontrèrent lors de l’application des lois nouvelles et lorsqu’il fallut obéir aux décrets de la Convention qui, avec une énergie admirable défendait notre pays attaqué de toutes parts. Comment satisfaire à la fois les représentants du district de Vierzon chargés de faire appliquer ces mesures délicates et les Quinçois qui ne comprenaient pas toujours les sacrifices qui leur étaient demandés ? Toute la diplomatie et l’habileté de Pierre Fleury furent nécessaires.

C’est alors que se déroula un épisode imprévu qui allait désorganiser l’Eglise de France. La déchristianisation annoncée dès le début du Siècle des Lumières allait connaître surtout de septembre 1793 à août 1794 une brutale et inattendue impulsion. Même les prêtres constitutionnels respectés et sollicités au début de la Révolution furent désormais suspects et bientôt rejetés.

On ferma les églises au culte. Elles furent transformées en temples de la Raison. Les prêtres furent invités à renoncer à leur ministère. L’évêque constitutionnel Tornay donna l’exemple et se maria. Pierre Fleury envoya sa lettre de prêtrise à la Société populaire de Mehun dont il faisait partie pour qu’elle soit détruite.

Le 27 brumaire an II (17 décembre 1796) le représentant en mission Noël Pointe arriva dans le Cher. Il prit aussitôt un arrêté interdisant à tous les anciens prêtres, même à ceux ayant été fidèles à la Révolution, de demeurer dans leur paroisse car il redoutait la célébration clandestine du culte pour certains d’entre eux. Pierre Fleury, déçu, n’exécuta pas cet ordre. Sans doute protégé par ses collègues du Conseil Municipal et par l’accord tacite de la population il continua à demeurer dans son cher presbytère. C’est de sa propre main que le 8 février 1794 la fête qui eut lieu pour l’inauguration du temple de la Raison en présence de membres de la Société populaire de Vierzon est décrite dans le registre des délibérations du Conseil Municipal.

Mais en septembre 1794, ne se sentant plus en sécurité dans le village, il se réfugia à Bourges rue de la Liberté, de nos jours rue de l’Hôtel Lallemand, chez son beau-frère Antoine Seguin époux de sa jeune sœur Marie Madeleine. Il y attendit des jours meilleurs. Cependant il fit de nombreuses apparitions à Quincy où il était censé exploiter les terres qu’il possédait. (16)

Malgré des soubresauts imprévisibles la situation s’améliora peu à peu pour les partisans de l’ancienne religion et leurs pasteurs. Le 30 mars 1795 les églises furent restituées aux fidèles mais il n’y avait toujours pas de prêtre à Quincy. Le gouvernement du Directoire qui avait succédé à la Convention mit en vente le presbytère. L’occasion espérée s’offrait. Le 20 messidor an IV (8 juillet 1796) Pierre Fleury acquit sa chère demeure avec les terres qui en dépendaient. Le 19 juillet, accepté par la population du village, il retrouvait ses fonctions de ministre du culte catholique.

Les Français , lassés de la corruption de leurs dirigeants demandaient un sauveur qui rétablirait la paix et l’ordre public. Par le coup d’état du 18 brumaire (9 novembre 1799) Napoléon Bonaparte renversa le Directoire. Il fit adopter la Constitution de l’an VIII qui en apparence maintenait la République mais en réalité lui donnait les pleins pouvoirs.

Pierre Fleury retrouva son siège de notable et par le décret en date du 14 prairial an VIII (3 juin 1800) le préfet du Cher le choisit comme premier magistrat de la commune. Il reprit ainsi les fonctions qu’il occupait neuf ans plus tôt. Pour lui la vie active était loin d’être achevée. A 68 ans il allait entamer une nouvelle carrière. Prêtre et maire il redevenait le personnage incontournable du village. Sa vie laborieuse sera désormais moins agitée. Avec sérénité il abordera les dernières années de sa longue vie.

Les dernières années de Pierre Fleury sous le 1er Empire (1800 – 1813)

Bonaparte savait que la religion retrouvée lui permettrait d’établir l’ordre et l’autoriserait à rendre plus dociles les Français. De son côté le clergé eut vite compris que le salut de la religion était lié à celui du régime.

Le 15 juillet 1801 le Concordat fut signé par les représentants du Pape et de Bonaparte. Les curés désormais étaient étroitement subordonnés aux évêques nommés par le chef de l’Etat avec l’accord tacite du Pape. Tous prêtaient à ce régime fort serment de fidélité et recevaient un traitement. L’unité de costume ecclésiastique fut instituée ainsi qu’un catéchisme qui louait le Premier Consul, bientôt Empereur, autant que Dieu.

Pierre Fleury fut confirmé desservant à Quincy. Il obéira à son chef spirituel qui imposera bientôt le catéchisme impérial.

Il allait donner pleine mesure de ses talents d’administrateur. Nous retiendrons tout particulièrement son plaidoyer en faveur du port et passage du Cher à Quincy, négligé par l’Etat qui en était propriétaire. Grâce à son acharnement le bac et les bateaux assurant la traversée de la rivière, mal entretenus, furent remis en état et le service, au bord de la faillite, fut rétabli convenablement.

Il fit réparer l’église, le cimetière et entretenir les chemins communaux, en particulier ceux de Quincy à Mehun, à Lury et à Reuilly alors dans un état déplorable, inimaginable à notre époque. (17) Il géra le faible budget avec rigueur et assura la difficile rentrée des impôts en choisissant le percepteur des impositions.

La paix retrouvée grâce au traité d’Amiens le 25 mars 1802 ne dura qu’une année. La guerre ne cessera qu’après la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815. Tous les ans la municipalité de Quincy dut fournir le contingent de soldats qui lui étaient demandé. Tâche ingrate pour le maire car beaucoup de jeunes gens terrorisés firent tout leur possible pour échapper à l’enfer promis. (18)

Son rôle pour assurer l’ordre fut primordial. Il dut prendre des mesures de sécurité contre le danger d’incendie, réprimer les abus que commettaient souvent les glaneurs, les râtisseurs, les grappilleurs qui pénétraient dans les champs et les vignes avant l’enlèvement des gerbes, foin et raisins. Il eut encore à sanctionner et parfois faire passer devant la justice les coupables d’avoir laissé paître leur bétail dans la propriété d’autrui. Tous les jours le garde-champêtre faisait sa tournée dans le village et le long des chemins pour vérifier le bon état et le bon ordre des choses. Il transmettait au maire le résultat de ses visites et ce dernier avisait des décisions à prendre.

Chaque année une commission dont il était le président, passait dans le vignoble à la fin de l’été, afin de vérifier la maturité du raisin qui déterminait le ban des vendanges.

Sa tâche ne fut pas une sinécure. Parfois la mauvaise volonté, l’égoïsme et le manque de civisme de certains conduisirent à des échecs. C’est ainsi qu’il fut très difficile d’empêcher à des Quinçois d’empiéter sur le domaine d’autrui. Cependant il demeura indispensable, reconnu de tous et tout particulièrement des autorités qui le maintinrent à son poste. Ce ne furent que l’âge et la maladie qui l’obligèrent à quitter ses fonctions administratives.

Le 11 février 1803 il fut durement affecté par le décès du cousin Adrien, alors âgé de 73 ans, le compagnon et ami d’enfance, curé de Châtres-sur- Cher pendant 44 ans. Le 30 mai 1806 s’éteignit, âgé de 61 ans, son jeune frère Simon, curé de Foëcy, si proche de lui.

De la nombreuse famille de Pierre ne demeurait qu’un frère, tanneur à Henrichemont et sa jeune sœur Marie Madeleine qui l’avait hébergé dans sa demeure de la rue de la Liberté à Bourges pendant les mois difficiles.

En mars 1812 il atteignit ses 80 printemps. Il se sentait diminué physiquement et incapable désormais d’assurer ses fonctions prenantes à la tête de la municipalité. Le 2 juin 1812 il passa le relais à Guy Marie Sallier époux d’Agnès Louise Pinon, propriétaire du château et de la terre de Quincy.

L’homme était résistant. Il traversa encore l’hiver 1812-1813 si funeste à Napoléon 1er et à notre pays. Le 20 mars 1813 âgé de 81 ans, il décéda dans le presbytère où il avait vécu pendant 54 ans. (19)

Le cimetière situé à l’emplacement du terrain de sport des écoles, entre l’église et la demeure curiale, était devenu trop exigu et le sol argileux se refusait à tout drainage. Le Conseil Municipal décida son transfert sur un terrain offert par Monsieur Ponroy dans l’ancienne garenne seigneuriale. En 1884 eut lieu la réception du nouveau « champ de l’égalité ». Cependant en 1891 la tombe de Pierre Fleury demeurait abandonnée dans l’ancien enclos. La municipalité décida de libérer les lieux en friches. Certains s’émurent. Ils émirent le vœu « que le corps de Monsieur Fleury, ancien curé de la paroisse enterré dans l’ancien cimetière soit transféré dans le nouveau. ». Le Conseil Municipal, à l’unanimité, s’associa à cette demande.

C’est ainsi que dans le cimetière du village qu’il a tant aimé et pour lequel il a tant œuvré repose celui qui fut un homme de bien.

NOTES

1. Voici ce qu’écrit dans son mémoire sur la généralité de Bourges, en 1698, l’intendant en Berry, Dey de Séraucourt : « …Il y avait autrefois (à Vierzon) plusieurs cordonniers qui employaient dix à douze garçons chacun et envoyaient leurs souliers à des marchands de Paris qui les vendaient à la halle ; mais un incendie qui, en 1685, consomma 65 maisons et les taxes et impositions qui sont survenues depuis ce temps là les ont empêchés de se rétablir et ont écarté la plus grande partie de leurs ouvriers… »

A cette époque le cordonnier fabriquait, réparait et vendait les chaussures de qualité (cuir de Cordoue).

2. Archives départementales du Cher. Côte E 7224.

3. Le collège de Vierzon fut fondé en 1606.

4. De nos jours la caserne Condé occupe les bâtiments du séminaire.

5. Le cardinal déclara : « L’Eglise a regardé l’instruction du séminaire comme le moyen le plus propre pour réformer le clergé et pour rétablir l’ordre et la discipline… »

6. Cabinet : petite pièce servant de dépendance.

7. Archives départementales du Cher. 1 L 1443.

8. A l’heure du soleil.

9. « La vie quotidienne du clergé français au 18ème siècle » - Bernard Plongeron.

10. idem.

11. Archives départementales du Cher – E 6452.

12. Archives départementales du Cher – 1 L 1372.

13. Archives départementales du Cher – E 12 965.

14. Archives communales de Quincy. La lettre écrite de la main de Pierre Fleury, signée par le maire Duret, sera envoyée au procureur syndic du district de Vierzon.

15. Dans le règlement de la Société populaire de Charenton sur Cher nous découvrons les qualités que devait posséder un affilié : « …Pour être admis les qualités exigées sont : la probité, la fidélité à la République, le dévouement à la défendre, l’amour de l’Egalité et la soumission aux lois…. Les candidats seront tenus de prêter serment de maintenir la Liberté, l’Egalité, de protéger les personnes et les propriétés, de dénoncer les abus, poursuivre les traîtres, observer les règlements de la société et mourir pour le maintien de la République … »

16. Il possédait, outre le presbytère, des vignes, des terres et deux locatures à Quincy, l’une proche de sa demeure et la seconde, plus importante, à Villalin.

17. Voici ce qu’écrit à propos des routes vicinales au 19ème siècle en France, Eugen Weber dans « La fin des terroirs » (note 23, chapitre VII) : « Pendant tout le 19ème siècle on s’est plaint de l’état des routes vIcinales : elles étaient creusées d’ornières profondes et boueuses. Les paysans les laissaient envahir par l’herbe, ils y jetaient des pierres, y drainaient leurs champs, en labouraient une partie, prélevaient la terre pour la mettre dans leurs propres champs, si bien que les voyageurs étaient obligés de passer par les champs avoisinants, ce qui causait des dommages aux cultures…. Déjà passablement mauvaises par beau temps, les routes rurales devenaient presque impraticables en hiver. Avec les premières pluies, le bétail les défonçait et elles restaient dans cet état jusqu’à l’été ; les habitants du lieu traçaient des chemins dans les champs avoisinants mais ces substituts grossiers ne permettaient pas le passage des véhicules ».

18. Déjà la loi du 22 Germinal an VII (17 mai 1799) avait ordonné la levée de 200.0000 hommes et le canton de Lury avait été astreint à fournir 19 jeunes gens à l’année. Trois d’entre eux ne s’étaient pas présentés au dépôt de Bourges. On dut faire appel à la gendarmerie pour les récupérer. Un nouveau recrutement avait eu lieu avant la fin de l’année et le 23 novembre 1799 une troupe de 123 militaires fut déployée dans le canton afin de rechercher et réunir les conscrits ou réquisitionnaires.

19. Extrait du registre d’état civil de Quincy. « L’an 1813 le vingtième du mois de mars, par devant nous Louis Pelletier, adjoint de Quincy, canton de Lury, département du Cher, sont comparus Pierre Houssier marguillier de la paroisse, âgé de 54 ans et Sylvain Péan, vigneron âgé de 56 ans, de cette commune, qui ont déclaré que Monsieur Fleury, curé de la dite paroisse est décédé aujourd’hui à deux heures du soir, en cette commune, et les dits déclarants ont déclarés ne savoir signer. »