Le genouillet


Raisin Genouillet Récolte de genouillet

« Je pense que vous n’estimez pas le Genouillet à sa valeur ; c’est lui qui a produit ces excellents vins dont se délectait César durant ses expéditions dans les Gaules . »

La renaissance d’un cépage oublié : un pas de plus vers la biodiversité.

C’est un cépage oublié…Pourtant il faisait les beaux jours de la viticulture berrichonne avant la catastrophe du phylloxéra, et particulièrement du vignoble d’Issoudun, qui comptait 3000 hectares de vignes, donnant un vin léger, frais, astringent au début, mais s’améliorant en vieillissant. Un vin rouge friand, aux arômes de fruits rouges et noirs. Mais le Genouillet a été délaissé, parce qu’il supportait mal le porte-greffe, qu’il était sensible aux maladies, à l’oïdium, et qu’on lui a préféré les vins des hybrides, issus de cépages américains, plus « modernes » et plus agréables à boire jeune. Il est devenu si rare qu’il n’a pas été inscrit sur la liste des variétés de vignes cultivables établie après la seconde guerre mondiale, quand on a cherché à rationaliser l’encépagement.

Cet authentique cépage berrichon aurait même complètement disparu sans la ténacité de passionnés réunis dans une association l’URGB (Union pour la préservation et la Renaissance des ressources Génétiques du Berry) qui s’est battue pour avoir le droit de le replanter. Sa sauvegarde fut un vrai parcours du combattant puisqu’il était inconnu du catalogue national des clones qui recense les ceps autorisés à la plantation. Les autorités de tutelle considéraient qu’il était invraisemblable de laisser partir « dans la nature » un cépage non reconnu, une impureté en quelque sorte…

Deux pieds, retrouvés près d’Issoudun dans les vignes d’un vieux vigneron, ont tout d’abord été replantés dans la vigne conservatoire de Tranzault, dans l’Indre, que dirige Jacques Aubourg, responsable de l’URGB. Cette vigne conservatoire, véritable mémoire du vignoble, compte aujourd’hui 118 variétés. Elle a été créée en 1990 pour répertorier les cépages locaux cultivés jadis pour la consommation familiale en dehors des vignobles classés : des petites vignes d’agriculteurs dispersées dans les campagnes, cultivées par des ouvriers, des cheminots, des postiers, à la périphérie de petites villes comme Issoudun, La Châtre…. Mais en quoi cela aurait-il gêné le vignoble français qu’on laisse replanter ce genouillet dans quelques vignes paysannes ?

Pourtant la réinscription du Genouillet au catalogue des variétés de vignes cultivables s’est avérée d’une extrême complexité aggravée par le fait que les droits de plantations se situent sur l’aire d’appellation Quincy. Trois ans de galère, de tracasseries administratives, de tests coûteux et d’obligations de toutes sortes imposés par l’Office National Interprofessionnel des Vins, pour aboutir à la signature d’un protocole simplifié qui autorise une expérimentation sur 7 ans…

150 pieds ont finalement pu être plantés à Villalin le 5 novembre 2005. La première vendange a été effectuée l'année suivante par une vingtaine de bénévoles soutenant cette démarche de réimplantation. L’égrappage s’est fait à la main afin d’obtenir les meilleures conditions possibles de vinification, en sachant bien que le produit fini n’est pas commercialisable puisqu’ uniquement réservé à l’observation.

La tendance à la monoculture, la préférence donnée à des variétés toujours plus rentables avec un système agricole de production intensive, les nouveaux modes de consommation menacent la diversité génétique. La réintroduction du Genouillet est donc un pas supplémentaire vers la sauvegarde de la biodiversité.

L’appauvrissement de la biodiversité s’accompagne toujours d’un appauvrissement humain car on perd des goûts d’autrefois. On pense toujours à l’environnement, mais c’est nous même qui nous appauvrissons. Nous ne perdons pas que des gênes, nous perdons aussi notre aptitude à goûter le monde !

Union pour les Ressources Génétiques du Centre. URGC, Château du Plaix 18160 SAINT-HILAIRE-EN-LIGNIÈRES

URGC, Pôle BioDom'Centre , Place du Général de Gaulle, 36400 LA CHATRE

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