Histoire de la place



Autour de la place du village sont rassemblés tous les bâtiments essentiels qui le symbolisent : tout d’abord l’église et ce qui fut le presbytère, puis la mairie et les deux écoles. La présence toute proche du château que l’on découvre derrière les grilles d’entrée permet de compléter l’ensemble.

Jusqu’en 1735 cette place n’existait pas.

Comment se présentaient alors les lieux ?

L’église n’était pas construite. A son emplacement, derrière où se trouve le terrain de sport des écoles, et devant, en direction de la rue, s’étendait une terre, cultivée sans doute, peut-être entourée de haies vives comme cela se faisait à l’époque. Elle appartenait à la famille Baboin. Les bâtiments du presbytère, implantés au lieu dit Château Gaillard, étaient déjà construits. Ils abritaient alors le jardinier du château qui disposait de deux terrains, l’un à l’emplacement des « petites classes », de la cantine et des dépendances (préau, cour, terrain de jeux). Le terrain débordait alors largement sur la place actuelle. L’autre abrite de nos jours le court de tennis.

A l’emplacement de la mairie et de la seconde école se trouvait une basse-cour dépendant du château, construite sur les trois côtés et entourée de murs. On en sortait par deux portails. Elle comprenait des écuries qui subsistent encore et sur les deux autres côtés deux logements pour les cochers, une infirmerie, de vaste cuisines et un poulailler.

Le mur et les grilles d’entrée du château n’existaient pas. Dans la cour qui précède ce dernier l’élevait l’ancienne église et là où est tracée l’allée bordée de jeunes tilleuls, devant les grilles à l’extrémité de la place actuelles, était le cimetière, descendant en pente douce vers les vieilles maisons basses que l’on aperçoit derrière le mur de soutènement alors inexistant. Cette église et ce cimetière cachaient la perspective de la demeure seigneuriale qui ne pouvait être atteint par les visiteurs qu’en les contournant.

Pour compléter un chemin partant de la rue passait entre la « terre des Baboins » et la basse-cour qu’il desservait, traversait ensuite le parc et permettait de rejoindre les rives du Cher. Il était alors utilisé par les habitants de Quincy voulant se rendre à Mehun et ceux des hameaux de Villalin, des Roziers et de Marçay, alors fort peuplés, qui allaient assister à la messe dans l’église paroissiale. Ils hésitaient parfois, après de fortes pluies et pendant la mauvaise saison, à emprunter le gué qui, à la place du ponceau actuel, permettait de franchir le canal d’alimentation du vivier du château, de nos jours aux trois quarts comblé.

En 1734 l’ancienne église était en très mauvais état. Les murs et la nef étaient en très mauvais état. Les murs et la nef étaient fondus et prêts à s’écrouler entraînant le clocher dans leur chute, la charpente était pourrie et la toiture risquait de s’effondrer. La ruine prochaine de l’édifice était évidente. La population n’avait pas les moyens de faire construire une église neuve.

Le 26 avril 1734, le syndic de la paroisse, Pierre Pinoteau, convoque l’assemblée des habitants du village, à l’issue de la messe, au lieu habituel, sans doute sous le porche de l’église, en présence du curé Devilliers et d’un notaire de Mehun. Cette assemblée décida la réparation urgente du bâtiment. Elle serait financée par tous les paroissiens, seigneur compris. Elle demanda la nomination de deux experts afin que soient évalués les travaux à effectuer. Les deux spécialistes choisis établirent un devis qui s’éleva à 800 livres. Il fut publié aux prônes de deux messes paroissiales consécutives à Mehun et à Quincy. Trois entrepreneurs se présentèrent. L’adjudication eut lieu le 4 août 1734 à la chandelle éteinte. L’entrepreneur qui concéda le plus fort rabais enleva le marché pour la somme de 590 livres.

C’est alors qu’intervint Anne Louis Pinon, seigneur de Quincy. Il vivait la plupart du temps à Paris. Membre influent du Parlement, il avait fait bâtir un magnifique hôtel dans le fief de la Grange Batelière, apporté en dot par sa riche épouse. Il venait passer à Quincy la plupart de ses vacances parlementaires et était particulièrement attaché à la demeure construite par son grand-père Charles Pinon vers les années 1646 à 1650, sur l’emplacement d’une ancienne forteresse féodale. Il aurait voulu dégager la perspective bouchée, nous l’avons vu, par l’église et le cimetière. Il désirait aussi aménager une entrée digne de cette demeure.

Profitant de l’occasion offerte, il proposa d’acheter avec ses propres deniers la « terre à Baboins » et de faire construire, toujours à ses frais, en ces lieux, une nouvelle église. les habitants de Quincy n’auraient à payer que les 590 livres prévues pour la restauration de l’ancienne. D’autre part le cimetière, devenu trop étroit, serait transporté derrière l’église neuve, à l’emplacement du terrain de sport actuel. Enfin le presbytère et les terres qui en dépendent, se trouvant alors approximativement à l’emplacement de la salle des fêtes, donc désormais trop éloignées de la nouvelle église, seraient échangés avec la maison du jardinier et ses dépendances beaucoup plus proches du nouvel édifice.

L’offre fut acceptée avec enthousiasme. Seul le curé Devilliers émit une réserve. Il désirait voir creuser un puits à proximité de sa nouvelle demeure.

Après accord du Conseil du Roi les travaux purent commencer. Ils s’effectuèrent en grande partie au cours de l’année 1735. L’église actuelle fut bientôt achevée. Anne Louis Pinon la fit construire au moindre coût, sans dépenses inutiles. Ce ne fut qu’une simple grange, sans la chapelle que l’on ajouta en 1879. Seul le petit clocher pointu et excentré permit de la distinguer. On y transporte la cloche de l’ancienne église offerte en 1656 par Charles Pinon. Son nom et la date sont gravés dans le bronze.

Le curé entra en possession du nouveau presbytère. Il obtint satisfaction. Anne Louise Pinon accepté de lui faire creuses un puits. C’est sans doute celui qui se trouve près de l’école, en bord de rue. En effet son emplacement faisait alors partie des terrains de la nouvelle cure qui, nous l’avons signalé, s’étendaient jusqu’à la rue et débordaient largement sur la place actuelle. Ce puits est indiqué sur un ancien plan de la seigneurie daté de 1771. La dépense était imprévue mais à cet endroit, bien qu’éloigné de la nouvelle demeure du prêtre, on aurait creuser moins profondément pour atteindre la nappe phréatique.

Enfin le cimetière fut déplacé.

Anne Louis Pinon allait enfin pouvoir dégager la perpective de son château et offrir ses visiteurs et à ses invités une entrée digne de son rang. Après avoir fait démolir l’ancienne église il fit construire le mur de clôture et poser la grande grille d’entrée. A l’emplacement du cimetière primitif fut tracée une allée bordée de deux doubles rangées d’ormes.

La place commençait à prendre forme. Il restait à construire les écoles et la mairie.

Il n’y eut jamais d’école à Quincy sous l’ancien régime. L’instruction était peu répandue alors dans le Berry et au milieu du 19ème siècle le département du Cher se trouvait classé avant dernier pour la connaissance de la lecture, laissant de peu à la Vienne la lanterne rouge. Des écoles primaires appelées « petites écoles » existaient dans les grandes villes (Bourges, Vierzon et Saint Amand) et dans celles, plus modestes, qui deviendraient après la Révolution les principaux chefs-lieux de cantons. Les paroisses du Pays Fort et du Sancerrois situées dans un triangle Aubigny - Sancerre - les Aix d’Angillon étaient assez bien desservies ainsi qu’à un moindre degré celles du Boischaut et de la vallée de Germigny. Mais la Champagne berrichonne, terre de cultures par excellence, était fort déshéritée car rares étaient ceux qui jugeaient utile cet enseignement.

A part un court essai sans suite et sans résultats pendant la période révolutionnaire, il faudra attendre 1833 et la loi Guizot, qui rendirent obligatoire une école dans chaque commune de plus de 500 habitants, pour que Quincy ait sa première classe. François Martinet, ancien tisserand à Issoudun, dès décembre 1833, viendra s’installer dans le bourg. La municipalité lui allouera une somme de 200 francs chaque année et mettra à sa disposition une maison dans laquelle il s’installera et où il exercera sa profession.

Cette situation durera plus de dix ans. En 1842, sous la pression de l’administration, la commune entreprendra enfin la construction d’une école qui sera achevée en 1845. C’est l’ancienne école de filles, là où sont installées actuellement les classes des petits et la cantine scolaire. Elle a la particularité d’être une des plus anciennes écoles rurales du département encore en activité.

Elle comprenait alors une classe de 36 m2, une salle pour la Mairie et le logement de l’instituteur constitué d’une chambre et d’un cabinet formant un ensemble d’environ 36 m2 également. Cette école avait été bâtie sur une parcelle détachée du jardin du presbytère. Il demeurait dans son prolongement, entre elle et la propriété voisine, environ 40 m2. Dans cet espace exigu on creusa deux WC et le reste deviendra la minuscule cour de récréation. Pour pénétrer dans cette école il n’était pas question de passer par le presbytère. On dut construire un double escalier donnant sur la rue qui demeurait le seul moyen d’accès. La forte dénivellation obligea à multiplier les marches.

Cette école devint vite insuffisante. Jugée insalubre après le décès de François Martinet en 1848 et de son jeune successeur Simon Gagnepain en 1851, on décida de l’agrandir. Ce ne fut cependant qu’en 1857 que la municipalité engagea les travaux qui ne s’achevèrent qu’en 1863. On prolongea le bâtiment scolaire en utilisant les 40m2 de la cour de récréation ce qui permit d’obtenir une classe de 70m2. L’école avait atteint ses dimensions actuelles. On détacha du jardin du presbytère une bande de terrain de 3 à 4 mètres de large sur toute la longueur du bâtiment afin qu’il serve de nouvelle cour de récréation et l’on eut la malencontreuse idée d’implanter les nouveaux WC sous les fenêtres de la salle de classe qui durent être hermétiquement fermées à la belle saison en raison des mauvaises odeurs dégagées.

Cette école était mixte, garçons et filles cohabitaient. Normalement sous le Second Empire la mixité était interdite. En ville les garçons et les filles fréquentaient obligatoirement des écoles différentes, mais dans de nombreux villages, où exerçait la plupart du temps un seul instituteur, cette mixité était tolérée à la condition de ne pas mélanger les deux sexes. A Quincy, comme dans de nombreuses autres communes rurales, on dut séparer la salle de classe en deux par une cloison de plus d’un mètre de haut et regrouper garçons et filles de chaque côté de cette barrière. De plus la sortie des cours eut lieu avec au moins un quart d’heure de décalage entre les deux sexes.

Suite à la loi de 1867, qui faisait obligation à toutes les municipalités d’entretenir une classe de filles, c’est en 1868 que fut créée une école de filles qui fut installée dans les locaux de l’ancienne basse-cour loués à la famille Pelletier-Ponroy. Les propriétaires se réservèrent la jouissance des écuries dont les ouvertures donnant sur la cour furent bouchées. L’enseignement fut confié aux sœurs de la Charité de Bourges. Ces dernières furent choisies par la municipalité de préférence à une institutrice laïque parce que, les sœurs se déplaçant toujours par deux, l’une aurait l’école en charge et l’autre pourrait rendre de grands services à la communauté villageoise. Les locaux étaient malheureusement en très mauvais état : murs salpêtrés, forte humidité, carrelages défectueux. Pendant toutes les années où elles oeuvrèrent en ces lieux les sœurs se plaignirent de ces difficultés auprès des autorités communales. En 1880 on adjoignit une salle d’asile, ancêtre de nos maternelles, à cette école de filles. Elle recevait les enfants des deux sexes âgés de moins de six ans.

Pendant ce temps les effectifs de l’école de garçons étaient en constante augmentation. La fréquentation était excellente, ce qui est à signaler à une époque où, l’école n’étant pas obligatoire, les travaux des champs causaient des vides prolongés dans les classes du printemps à l’automne. Quincy avait comblé son retard scolaire sur de nombreuses communes jusque là plus favorisées. Au début de l’année 1880, le nombre d’élèves atteignant le chiffre de 75, il fut jugé nécessaire de créer dans cette école une seconde classe.

La municipalité, en 1883, décida d’abandonner sa salle de Mairie pour permettre l’agrandissement de l’école et l’amélioration du logement très insuffisant de l’instituteur. Dans le grenier on en aménagea un second pour l’adjoint.

Il fallut vite envisager le remplacement de la Mairie. C’est pourquoi, après de longues hésitations sur le choix de l’emplacement il fut décidé en 1887 d’acheter les bâtiments de l’ancienne basse-cour servant d’école de filles. La municipalité les fit abattre presque en totalité et les remplaça par la Mairie-Ecole qui fut achevée en 1891.

Les deux écoles permutèrent et les garçons vinrent s’installer dans les bâtiments neufs pour la bonne raison que l’instituteur était alors le secrétaire de Mairie. Comme il n’y avait pas d’horaires fixes imposés, les gens venaient à n’importe quel moment de la journée, souvent pendant les heures de classe. Le maître d’école se devait d’être à proximité de la salle commune.

Passons volontairement sur les travaux d’aménagement de la place et de ses alentours : agrandissement de la cour de l’ancienne école, construction de préaux, création du jardin scolaire, alignements et élévation de murs, rehaussement de la place dans sa partie Nord.

En 1921, comme la plupart des communes de France, Quincy aura son monument aux morts.

Il y a plus de vingt années maintenant, les deux dernières rangées d’ormes plantés vers 1735 par Anne Louis Pinon 1er étaient en très mauvais état. Certains arbres penchaient dangereusement, d’autres souffraient de maladie. Le conseil municipal, présidé alors par Monsieur Butteux, décida de les faire abattre. La pelleteuse dégagea un squelette et des pièces de monnaies anciennes que l’on déposait près des morts pour faciliter leur voyage dans l’au-delà. C’était sans doute un vestige de l’ancien cimetière, un pauvre oublié ! Le squelette fut offert à l’instituteur. Le maître, jusqu’en 1988, utilisa une partie du crâne, des dents et certains os, dont un magnifique fémur, pour illustrer ses leçons de sciences naturelles.