Histoire des ponts



LE PONT SUSPENDU

1843, 1925, 1993 trois dates importantes pour Quincy qui a vu ces années là s’ouvrir un nouveau pont pour enjamber le Cher. Trois architectures différentes adaptées au trafic et aux conceptions économiques et esthétiques de chaque époque.

Ouvert à la circulation en 1843 le tout premier pont de Quincy est un pont suspendu.

Le 17 mars 1839, « dans la salle ordinaire destinée aux séances du conseil municipal », Jean Baptiste Pinoteau, Maire, « donne au conseil communication d’une lettre de Monsieur le Préfet du Cher en date du 4 mars courant, par laquelle le Magistrat invite le conseil municipal à donner son avis sur le projet d’un pont suspendu à exécuter sur le Cher en face le bourg de Quincy ». A cette lettre est jointe une soumission du sieur Claudin contenant un projet de tarif, les plans, profils, sondages indiquant la direction que devra prendre la chaussée à la suite du pont dans la traversée du bourg. Le conseil municipal adopte, à l’unanimité le projet.

Aussitôt se pose le problème du financement de ce pont…… dont une partie doit être payée par la commune. Elle devra indemniser tous les propriétaires qui auraient des dommages occasionnés par la construction et qui en exigeraient la réparation. Il faudra aussi verser toutes les indemnités résultant de la destruction des bâtiments nécessaire à la régularisation du chemin. La suppression du bac devenant indispensable, il faut envisager de payer les dommages et intérêts qui pourraient être réclamés par le fermier actuel.

Enfin dans une délibération du 22 novembre 1840 la Municipalité se jette à l’eau, après avoir pendant plus d’un an évalué les coûts et les moyens d’y parer.

Par ordonnance royale du 23 août 1841, après étude du dossier, le gouvernement de Louis Philippe déclare « d’utilité publique l’exécution d’un pont suspendu sur le Cher, en remplacement du bac existant actuellement à Quincy, département du Cher. La mise en adjudication des travaux est autorisée… il sera pourvu aux frais de construction et d’entretien du pont, de ses abords et dépendances au moyen d’une subvention de trente mille francs sur les fonds du Trésor, d’une somme de sept mille quatre cent quatre vingt neuf francs quarante huit centimes fournie par la commune de Quincy, et enfin d’un péage qui sera concédé par adjudication publique au concessionnaire qui offrira le plus fort rabais sur la durée de la concession qui ne pourra excéder quatre vingt dix neufs ans. La commune de Quincy est autorisée à aliéner deux terrains » et….. « à s’imposer extraordinairement pour employer le produit à la construction du pont. »

L’article sept de cette ordonnance est consacré aux tarifs envisagés pour autoriser la traversée du pont. De nombreux cas de figure sont envisagés...

Article sept

« A compter du jour où le passage du pont sera livré au public et jusqu’à l’adjudication il y sera perçu un péage conformément au tarif ci-après :

- une personne, chargée ou non, conducteur ou voyageur à cheval ou en voiture : 5 centimes
- Cheval ou mulet chargé ou non : 20 centimes
- Ane ou ânesse chargé : 10 centimes
- Idem non chargé : 5 centimes
- Cheval, mulet, boeuf, vache ou âne destiné à la vente : 15 centimes
- Cheval, mulet etc… employé au labour ou allant au pâturage : 2,5 centimes
- Veau, porc, mouton, brebis, bouc, chèvre allant à la vente : 10 centimes
- Les mêmes animaux allant au pâturage : 1 centime
- Voiture suspendue à deux roues attelée d’un ou deux chevaux ou de deux ou quatre bœufs : 2 francs 25 centimes. Chaque cheval mulet ou paire de boeuf en sus : 20 centimes
- Patache attelée d’un cheval, d’un mulet ou de deux bœufs : 50 centimes. Chaque cheval, mulet ou paire de bœuf en sus : 20 centimes
- Charrette à vide ou chargée d’engrais ou de récolte attelée d’un cheval ou mulet ou d’une paire de bœufs : 20 centimes. Chaque cheval, mulet ou paire de bœufs en sus : 10 centimes
- Patache ou charrette de roulage attelée d’un cheval ou mulet ou de deux bœufs : 30 centimes. Chaque cheval, mulet ou paire de bœufs en sus : 15 centimes
- Chariot de roulage à quatre roues, chargé, attelé d’un cheval ou mulet ou de deux bœufs : 1 franc 50 centimes.
- Chariot de roulage à quatre roues, vide, attelé d’un cheval ou mulet ou de deux bœufs : 50 centimes. Chaque cheval, mulet ou paire de bœufs en sus : 20 centimes
- Charrette à bras tirée par un homme : 15 centimes
- Charrette à bras tirée par deux hommes : 20 centimes
La perception de ces droits était effectuée par le gardien péager installé dans une maison qui subsiste encore, à l’entrée du pont, sur la rive droite du Cher, vers l’aval.

L’article huit est consacré aux exemptions de droit de péage...

Article huit:

Seront exemptés des droits de péage :

« Le Préfet du Département, le Sous-Préfet de l’arrondissement, les ministres des différents cultes reconnus par l’Etat, les ingénieurs et conducteurs des Ponts et Chaussées, les agents voyers, les employés des contributions indirectes, les agents forestiers, les préposés des domaines, les employés des lignes télégraphiques, la gendarmerie, dans l’exercice de leur fonction ; les militaires de tout grade voyageant en corps ou séparément, à charge pour eux, dans ce dernier cas, de présenter une feuille de route ou un ordre de service ; les courriers du gouvernement, les malles-postes, les facteurs ruraux faisant le service des postes de l’Etat ; les élèves allant à l’école communale et au catéchisme ou en revenant ; les prévenus accusés ou condamnés conduits par la force publique... »

Ces dispositions prises, l’entreprise du pont est alors mise en adjudication, tout d’abord le 18 octobre 1841 puis le 29 janvier 1842. Faute de soumission acceptable c’est un échec. Ce n’est que le 16 mars 1842 que l’offre de Monsieur Barbier Saint Ange est acceptée par ordonnance royale. « Le sieur Barbier Saint Ange, ingénieur civil à Paris, s’engage à construire le dit pont à ses frais, risques et périls, aux clauses et conditions déterminées dans le cahier des charges annexée à notre ordonnance, moyennant la concession d’un péage pendant 99 ans, une somme de 14 000 francs fournie par les communes de Mehun et Quincy et une subvention de 30 000 francs sur les fonds du Trésor... »

Le 23 mai 1842 Barbier Saint Ange fait dresser par Maître Pierre Joseph Richard, notaire à Mehun, les bases d’une société civile pour l’exploitation du pont qui désormais lui appartient. Cette société prendra la dénomination de « Société du Pont de Quincy » Après la livraison du pont et sa réception définitive Monsieur Barbier Saint Ange et les sociétaires s’engagent à faire convertir la société civile en société anonyme. Une première liste de 17 adhérents est suivie le 28 juin d’une seconde liste de 16. Ces deux listes seront complétées par la suite. Pour faire face aux frais de grosses réparations du pont, ou à des imprévus, il sera formé un fonds de réserve qui sera constitué au moyen d’un prélèvement annuel de 500 francs au moins sur les produits du péage. Un total de 200 actions, représentant le fonds social, a été émis. La consultation de la liste des actionnaires nous apprend que seulement six personnes de la commune de Quincy ont investi dans l’opération :

Silvain Hippolyte Pelletier, propriétaire et maire de la commune de Quincy et demeurant au château et commune de ce nom : 7 actions.

Etienne Augustin Pelletier, demeurant à Roziers, commune de Quincy : 3 actions.

Nicolas Lapha, propriétaire, demeurant à Quincy : 2 actions.

Silvain Montigny, couvreur, demeurant à Quincy : 1 action.

Nicolas Colas, couvreur demeurant à Quincy : 1 action.

Jean-Baptiste Pinoteau, propriétaire, demeurant à Quincy : 1 action.

Les autres actionnaires sont pour la plupart domiciliés à Mehun ou à Bourges.

Désormais la construction du pont peut se faire dans d’excellentes conditions et le 24 mars 1843 un arrêté du Préfet du Cher autorise à livrer provisoirement à la circulation le pont suspendu de Quincy. Le 6 septembre 1843, après que le pont ait subi une nouvelle épreuve, le Préfet autorise définitivement son ouverture et la perception du droit de péage, à la charge par Barbier Saint Ange de terminer, dans l’espace de trois mois, les travaux de terrassement, de rampe d’accès, plantation de haies et de réparer après l’hiver toutes les avaries qui pourraient être survenues.

Au cours des années qui vont s’écouler plusieurs problèmes se posent. Le plus important sera évidemment celui du péage.

Au début les habitants de Quincy, habitués depuis des temps très lointains à payer leur passage, se plieront à cette contrainte. Mais avec l’apparition de nouvelles générations qui n’ont pas connu l’Ancien Régime, et aussi à cause de la disparition totale du passage gratuit des gués, ils trouvent injustes et trop lourdes les charges imposées. Le 10 mai 1863 dans une délibération le Conseil Municipal de Quincy appelle messieurs les actionnaires du pont à vouloir bien « 1° Consentir avant l’expiration du laps de temps pour lequel la jouissance du pont leur a été accordée….au rachat de leurs actions. 2° de consentir encore au rachat de ces mêmes actions à un taux moins élevé que celui de l’émission… le tout pour arriver à doter les populations nombreuses intéressées au passage de ce pont du bienfait immense d’une circulation sans péage ni entrave d’aucune sorte ». Le Conseil fait remarquer que « la construction de nombreux ponts en amont et en aval ne pourra que diminuer les recettes des actionnaires, que les réparations à faire au dit pont sont à la veille de devenir considérables. Il supplie les actionnaires, au nom des habitants de Quincy et de ceux de la ville de Mehun et des autres communes intéressées, de bien vouloir consentir au dit sacrifice et de rendre la circulation générale libre et plus productive pour tous. »

Malgré toutes les démarches et le bon vouloir des actionnaires ce sera un échec. Les communes voisines refusent de s’associer à Quincy et la somme exigée, même réduite, ne pourra pas être rassemblée. Ce ne sera que bien des années plus tard qu’aboutiront les efforts déployés par la municipalité. En effet le 8 mai 1881 le Conseil Général décide que la charge de la commune de Quincy s’élèvera à 15 000 francs. Le Conseil Municipal vote une contribution de 7 500 francs qu’il empruntera à la Caisse des chemins vicinaux et émet le voeu que l’Etat contribue à moitié dans le rachat et que les autres communes intéressées veuillent bien participer. Il obtient d’ailleurs l’assentiment des communes de Mehun, Preuilly, Cerbois, Lury et Brinay qui versent leur quote part.

Après plus de vingt ans de luttes, le 14 juillet 1882, date doublement historique, le péage est supprimé et tous peuvent désormais circuler librement sur le pont.

Le 10 juin 1883 le conseil municipal « voulant perpétuer par une fête revenant à époque fixe le souvenir de l’affranchissement du pont sur le Cher qui a eu lieu en 1882 à la date du 14 juillet et dont la commune de Quincy a peut-être bénéficié plus que toute autre en raison de ce que le dit pont est situé sur son territoire et que pour ses habitants le voisinage est une source de passages plus fréquents que pour tous autres

Est d’avis

Qu’une fête ou assemblée qui portera le nom de « Fête ou Assemblée du Pont » soit instituée par arrêté du Maire et sa création autorisée par Monsieur le Préfet ; que cette fête qui se tiendra au chef lieu de la Commune ait lieu le dimanche qui suivra le 14 juillet de chaque année, à moins que ce jour là, qui est le jour de la fête nationale ne tombe un dimanche, dans lequel cas elle aurait lieu le même jour.

Que pour la première tenue de cette assemblée qui aura lieu cette année le dimanche 15 juillet, et afin d’attirer le plus de monde possible et l’inculquer pour l’avenir dans l’esprit des populations tant du pays que voisines, la plus grande publicité et le plus grand éclat lui soient donnés avec les ressources dont dispose la Commune et au besoin avec des souscriptions particulières.

Charge le Maire aidé de messieurs Baron et Farge, Conseillers, de présider à tout ce qui devra être fait, avec les ressources communales et autres dans l’intérêt de la fête en question »

Mais les années s’écoulent et le pont vieillit mal, les abords se dégradent. Le 29 mai 1892 le Conseil Municipal « considérant que le pont suspendu sur le Cher n’offre plus les garanties désirables de solidité, que les culées sont lézardées et qu’une rupture est à redouter, émet le vœu que de sérieux travaux de consolidations soient exécutés afin de faire cesser les craintes qu’inspire son peu de solidité… » Il sera procédé en 1893 à la réfection exécutée par un spécialiste, Monsieur Arnaudin de Chateauneuf-sur-Loire. La dépense s’élève à 5645,59 francs et la solidité du pont dont les câbles ont été renforcés semble considérablement améliorée.

Pourtant à nouveau, dans sa séance du 13 mai 1906 « Le Conseil Municipal appelle l’attention du Conseil Général sur l’état inquiétant dans lequel semble se trouver actuellement le pont de Quincy. Ce pont suspendu, construit depuis longtemps, présente sur certaines parties des difficultés de vérification très grandes pour reconnaître l’état d’usure des différentes pièces principales. Aussi les amarres, les attaches des câbles aux amarres, les câbles sur les pylônes sont autant de points délicats qui peuvent se rompre brusquement à un moment inattendu. Il a été constaté d’ailleurs depuis plusieurs années un certain fléchissement du tablier. On remarque également plusieurs lézardes dans les piliers qui soutiennent les câbles métalliques ; ce sont là des indices inquiétants dont il y a lieu de se préoccuper.

Or ce pont assure la circulation de 14 communes, tant du Cher que de l’Indre ayant une population de 18 000 habitants environ, et son écroulement occasionnerait à toute une région une gêne considérable. En prévision de ce danger qui peut être imminent le Conseil Municipal de Quincy sollicite du Conseil Général du Cher sa reconstruction immédiate qui paraît plus nécessaire que la construction du pont sur le Cher à Preuilly. »...

Suite à cette demande un rapport est dressé par l’agent voyer cantonal qui conclut que « le danger de rupture des câbles ne paraît pas immédiat et les lézardes qui existent dans les culées n’ont pas augmenté depuis la consolidation de 1893, d’ailleurs l’entretien annuel qui est exécuté au tablier et aux câbles, les goudronnages régulièrement faits et le remplacement du bois usagé enlèvent toute crainte. » A la suite de ce rapport l’agent voyer en chef, le 22 août 1906, juge que la reconstruction du pont de Quincy ne s’impose pas.

Les années passent, la grande guerre se prolonge. Le projet d’un nouveau pont est soumis à l’assemblée départementale, mais les travaux sont toujours repoussés. Il faudra attendre 1925 pour que le souhait émis par la municipalité de Quincy se concrétise enfin. Le pont suspendu est alors un vieux monsieur de 82 ans...

LE PONT EN BÉTON ARMÉ: 1925-1993

(Suite de l’histoire des ponts)

Les années passent, la grande guerre se prolonge. Le projet d’un nouveau pont est soumis à l’assemblée départementale, mais les travaux sont toujours repoussés. Il faudra attendre 1925 pour que le souhait émis par la municipalité de Quincy se concrétise enfin. Le pont suspendu est alors un vieux monsieur de 82 ans...

La gestation du nouveau pont fut très longue. La municipalité de Quincy fut relayée au Conseil Général du Cher par Monsieur Ponroy, alors conseiller général, qui, pendant 18 années à chaque session de l’Assemblée Départementale fera inscrire à l’ordre du jour la reconstruction du Pont de Quincy.

En 1911, avec l’aide de deux collègues, il fera adopter par le Conseil Général un vœu tendant au remplacement du vieux pont suspendu. C’est un premier pas mais bien insuffisant. Même pendant la guerre de 1914-1918 l’assemblée est appelée à se prononcer sur cette question importante pour notre région.

Le gouvernement retarde l’octroi d’une subvention et finalement décide de mettre au concours la reconstruction. En 1922 c’est Monsieur Edouard Heustin, Ingénieur des Ponts et Chaussées à Paris, qui est lauréat du concours. Les travaux confiés à Monsieur Emile Léauté, entrepreneur de travaux publics à Etampes, seront conduits rapidement, malgré une fin d’année 1925 particulièrement pluvieuse. Une crue brutale du Cher emportera même la passerelle provisoire qui permettait, pendant les travaux, le franchissement de la rivière.

Le 27 novembre 1925, ce magnifique cadeau de plus de 500 000 francs offert par le département du Cher à Quincy subit ses épreuves techniques. Avec une charge de 55 tonnes le fléchissement infime n’est que de 1 millimètre et six dixièmes. Le nouveau pont est donc prêt à entrer en service.

Le dimanche 27 décembre 1925 c’est l’heure de gloire, celle de l’inauguration, en présence des plus hautes autorités du département. Le journaliste de la « Dépêche du Berry » commente ainsi cette journée mémorable :

La municipalité de Quincy, consciente et fière du cadeau fait à la commune par le Conseil Général du Cher, a voulu marquer l’inauguration du pont par une fête digne de l’œuvre d’art moderne, en béton armé, édifiée en remplacement du vieux pont suspendu.

Ce morceau hardi, harmonieusement jeté sur le Cher, a belle allure avec ses trois travées qui semblent être, en quelque sorte, accrochées par les six arceaux s’élevant en de gracieuses courbes triplement alternées et soudées transversalement.

L’ensemble empreint de légèreté ne fait pas regretter la dentelle de l’ancien pont dont la destinée était de finir en vieille ferraille.

La fête inaugurale débuta par un banquet servi à midi à l’Ecole de garçons, par les soins de Monsieur Germain, maître d’hôtel à Mehun-sur-Yèvre, à l’enseigne de la « Croix Blanche ». Le menu délicatement ordonnancé et arrosé de bout en bout par le Quincy -sauf une dérogation en faveur du Bourgogne - fut unanimement apprécié par les convives qui, selon l’expression qui prend ici toute sa force, y firent largement honneur.

MENU
Hors d’œuvres variés
Saumon de la Loire sauce verte
Civet de lièvre à la Maréchale
Petits pois à l’Orléanaise
Gigot de chevreuil Saint-Hubert
Poularde du Mans au cresson
Salade
Moka au café
Corbeille de fruits
Petits fours
VINS
Quincy rouge et blanc en carafe
Quincy 1911
Bourgogne
Quincy champagnisé
Café, liqueurs

Une cinquantaine d’invités étaient rassemblés autour d’une table, éclatante de blancheur, disposée en fer à cheval et harmonieusement fleurie.

A la table d’honneur étaient Messieurs Pierre Trouillot, Préfet du Cher ; Gestat, président du Conseil Général ; Vinadelle, président de la commission départementale ; Morin, maire de Quincy ; Péraudin, député-maire de Vierzon.

Nous avons aussi remarqué la présence de Messieurs Ponroy, conseiller général du canton de Lury ; Rousseau et Foucrier, conseillers généraux ; Guyot, conseiller d’arrondissement du canton de Lury ; les membres du conseil municipal de Quincy et de nombreux habitants de la commune.

La salle du banquet était gentiment décorée de trophées, de drapeaux et de festons de papier multicolore. Au mur était placé, encadré de photos, le procès verbal officiel de résistance du pont, faite le 27 novembre dernier.

Mais le délicieux « Quincy champagnisé » mousse dans les flûtes. C’est l’heure des discours… Ceux de Monsieur Morin, maire de Quincy, de Monsieur Péraudin, député du Cher, de Monsieur Ponroy, conseiller général du canton de Lury. Monsieur le Préfet prononce quelques mots de remerciements.

Aussitôt après le banquet, dont la sortie s’effectue au son d’un morceau brillamment enlevé par la Musique de Mehun, le cortège s’organise pour se rendre au pont.

Toute la population était réunie place de la mairie. La pluie, fort heureusement, fit momentanément trêve et c’est sans le secours de parapluies que le cortège s’ébranla avec, en tête la Musique de Mehun. Les enfants de l’école suivaient, puis les personnages officiels, les invités, le conseil municipal et la population.

Le cortège s’arrêta à l’entrée du pont. La Musique de Mehun exécuta « La Marseillaise » écoutée, tête nue, par la nombreuse assistance, puis Monsieur Gestat, Président du Conseil Général, fit remise de l’ouvrage à la municipalité.

Aussitôt après le discours de Monsieur Morin, maire de Quincy, le voile recouvrant la plaque commémorative fut enlevé.

Cette plaque porte les indications suivantes :

1925
Ce pont a été édifié
En remplacement d’un pont suspendu
construit en 1842
Monsieur Trouillot Pierre, Préfet du Cher
Monsieur Gestat Rémi, Président du Conseil Général
Monsieur Sauvaget Alexis (A et M), Ingénieur-Agent voyer en chef
Monsieur Heustin Edmond, Ingénieur des Ponts et Chaussées à Paris
Monsieur Léauté Emile, Entrepreneur des travaux publics à Etampes (S.et O.)

La cérémonie inaugurale était terminée.

Sur le pont même, Monsieur Pierre Trouillot, Préfet du Cher, prit congé de la municipalité et regagna ensuite Bourges.

Aussitôt après un fût de vin blanc, placé là, fut mis en perce et chacun, verre en main, but au nouveau pont.

La fête continua ensuite par un grand bal gratuit de jour et de nuit. Grâce à l’amabilité de Monsieur Tarenne, directeur du Centre Electrique, Quincy, en attendant qu’il le soit définitivement, était éclairé à profusion, pont et abords compris. Des motifs lumineux, du plus bel effet, ornaient l’ouvrage et, de place en place, la rue principale de la coquette cité. La mairie également était rutilante de lumière.

Bref, malgré la pluie qui tombait à nouveau, il y a lieu de penser que les gens de Quincy ont bravement continué la fête ! Et tant mieux, et vive Quincy, son pont et son vin.

En 1993, 68 ans après cette mémorable inauguration, le pont en béton armé cèdera la place au pont que nous connaissons aujourd’hui.

en 1993, 68 ans après cette mémorable inauguration de 1925, le pont en béton armé cèdera la place au pont que nous connaissons aujourd’hui.

A la fin des années 80 la question se pose : Faut-il réparer ou reconstruire le pont de Quincy ? Le pont construit en 1925 suivant les techniques de l’époque a considérablement vieilli. Le béton est dégradé et certaines armatures sont à nu. La circulation n’est plus ce qu’elle était en 1925…Il est quotidiennement emprunté par 1500 véhicules par jour ! De plus sa largeur de chaussée est insuffisante et les véhicules de fort tonnage ou les engins agricoles lourds ont du mal à se croiser. Engager un projet de restauration conduirait à interrompre le trafic routier pendant plus d’un an. Personne ne souhaite faire subir aux riverains et usagers les inconvénients d’une déviation dont la mise en place par un ouvrage temporaire majorerait le coût de l’opération. « Un écartement des arcs aurait pu être imaginé, mais cela nécessitait au préalable une reprise des piles et des culées avec une architecture déséquilibrée trop éloignée de l’harmonie de l’ensemble D’ailleurs les piles auraient continué à arrêter les arbres lors des inondations » explique Monsieur Blanc, directeur de la DDE de l’époque. La prise en compte de l’intérêt général a donc conduit à envisager une nouvelle construction à proximité, légèrement en amont de l’ouvrage existant...

Pourquoi un tracé courbe ? Le site en sortie d’agglomération et la configuration de la Route Départementale 20 permettent un nouveau tracé composé avec les virages situés rive droite en direction de Mehun-sur-Yèvre. Outre ces contraintes routières le projet a du intégrer l’impact hydraulique : piles circulaires et travée centrale élargie autorisant un meilleur écoulement du Cher. Le pari architectural est lui aussi axé sur ce tracé original de forme courbe pour donner à l’ouvrage une ligne futuriste qui conjugue esthétisme et fonctionnalité.

La structure mixte, charpente métallique bleue supportant une dalle en béton armé, permet de combiner les volumes (piliers, tablier, corniche) et les couleurs : harmonie de béton gris et blanc contrastant avec le ton soutenu des poutres et des garde-corps.

Le coût de l’ensemble du projet s’élève à 13 millions de francs (environ 2 millions d’euros) dont 11 millions (environ 1,7 millions d’euros) pour l’ouvrage lui-même. Il est entièrement financé par le Conseil Général du Cher. Le poids total de matériaux nécessaires à sa construction étant de 3000 tonnes on peut dire que le kilo de pont a coûté 4,33 francs ! (environ 66 centimes d’euros)

Quelques éléments techniques

Longueur : 115,50 m, hors tout 123 m

Largeur entre garde-corps : 9m, hors tout 10,20m

Répartition des portées : 34m, 46m, 34m

Charpente métallique : 200 tonnes

601 m³ de béton de ciment blanc, 650 m³ de béton en appuis, 300 m³ de béton en tablier

Tirant d’eau : 6,80 m

Hauteur des piles : 7 m au dessus du fond de rivière

Chaussées : 10 m au dessus du fond de rivière

Les phases administratives

Appel d’offres et marché d’études : septembre 1990

Déclaration d’utilité publique et autorisation de travaux dans le lit du Cher : décembre 1991

Sélection de 6 candidats pour le lot métal et 8 candidats génie civil : juillet 1991

Attribution du marché au mandataire Cochery-Bourdin-Chaussé pour le génie civil et Baudin Châteauneuf pour le lot métal : janvier 1992

Attribution du marché terrassements et chaussées à la société Techroba : Juin 1993

remblai de plateforme, construction des appuis sur rivière et sur berges : avril à octobre 1992.

Assemblage de la charpente métallique sur site et lancement : novembre 1992

Construction de la dalle béton sur poutres métalliques : janvier à avril 1993

Equipement du tablier, des corniches, pose des garde-corps et réalisation de trottoirs : mai à juin 1993

Couche de roulement sur ouvrage : juillet 1993

Terrassements généraux, raccordements des chaussées, assainissements : septembre à novembre 1993

Inauguration et mise en service : vendredi 3 décembre 1993 à 16h.

Entamé au printemps 1992 le chantier a duré un an et demi. Lors d’une crue du Cher en novembre 1993 une baraque de chantier et une grue de levage fixés en surélévation sur un talus de remblai s’effondrent dans la nuit. Cet incident ne perturbe en rien le chantier qui n’a jamais pris de retard. La circulation routière n’a jamais été coupée puisque le nouveau pont a été érigé à quelques mètres de l’ancien. Et Quincy connaîtra pendant quelques semaines une situation inédite : deux ponts sur le Cher !

Beaucoup de Quinçois se souviennent de la journée inaugurale du 3 décembre 1993 et de l’aller-retour symbolique sur les deux ponts. Les officiels, la Confrérie des Compagnons du Poinçon en tenue d’apparat, les enfants des écoles et toute la population effectuent le trajet aller sur l’ancien pont. Au retour le cortège emprunte le nouveau pont et les officiels coupent le ruban tricolore disposé en son milieu. Une « Cuvée de la Traversée » a été spécialement mise en bouteille pour l’occasion, ornée d’une étiquette conçue par le dessinateur Bernard Capo.

L’événement fait l’objet de nombreux articles dans la presse locale :

Nouveau pas au dessus du Cher : Hier le nouveau pont de Quincy a été inauguré : Un ouvrage d’une nouvelle génération qui durant quelques jours encore fera de l’ombre à son ancêtre prochainement détruit : Ambiance des grands jours dans un pays de vignoble.

Une dernière fois les Quinçois sont passés sur le pont, l’ancien s’entend. A quelques brasses, un ouvrage moderne était encore hier après-midi barré par un ruban tricolore quand le cortège s’est avancé sur la chaussée. Compagnons du Poinçon en tête, suivis des enfants du village et des élus, le nouveau pont a été inauguré hier. Deux cents tonnes de charpente métallique, 115,50 mètres de longueur, 9 mètres de large, l’ouvrage se dresse fièrement au dessus du Cher, juste à côté de son ancêtre qui fait grise mine et qui sera démoli dans les prochains jours. Ce dernier, construit en 1925, aura bien des choses à raconter au paradis des ponts, mais l’histoire est ainsi faite. Coût de l’ensemble du projet : 13 millions de francs, dont 11 millions pour l’ouvrage lui-même, entièrement financés par le Conseil Général du Cher.

Un petit pincement au cœur...

On sait marquer les grands événements dans ce pays de vignoble et hier après-midi tout le village était réuni pour saluer une dernière fois l’ancien pont. Le maire, Jean-Marie Clarté a évoqué dans son discours le petit pincement au cœur » ressenti par les Quinçois. " C’était le passage obligé entre la zone libre et la zone occupée » Quincy a connu dans ce siècle trois générations de pont. Celui construit en 1842 ne pouvait être emprunté que moyennant péage. Anecdote relevée par Jean-Pierre Blanc, directeur de la DDE du Cher : « A l’époque les ingénieurs et les conducteurs des Ponts et Chaussées étaient exemptés de ce péage."

La seconde génération était peut-être un peu plus solide, mais trop étroite, il fallait donc songer à un ouvrage plus moderne. C’est au printemps 1992 que le chantier a été entamé, il est aujourd’hui « le choix du symbole de la modernité dans une zone rurale qui souhaite accueillir convenablement les visiteurs », comme l’a souligné le député Franck Thomas-Richard. Car ici le mot voie de communication prend toute son importance. Ce paragraphe ayant d’ailleurs été ouvert par Camille Michel, vice-président du Conseil Général du Cher, représentant le président Jean-François Deniau. Il a rappelé que le département avait la charge de 4.422 kilomètres de route, soit 14 mètres par habitant, pour une moyenne nationale de 7 mètres, ajoutant à cela les 775 ouvrages d’art.

Equilibre entre la ville et la campagne.

Précisions de Camille Michel qui tenait à dire l’effort du Conseil Général en matière d’entretien du réseau routier. Dans ce domaine le département a consacré 1.745.000.000 francs en 10 ans. Le vice-président du Conseil Général a déclaré que le département comptait poursuivre cette politique routière avec pour objectif des dessertes équilibrées entre les principaux centres urbains et le monde rural. Message reçu par les maires présents dans la salle du foyer rural au moment des discours.

La Confrérie des Compagnons du Poinçon de Quincy en Berry et la municipalité ont su célébrer cette journée en créant une cuvée spéciale de la traversée et en procédant à une cérémonie d’intronisation à l’issue de l’après-midi. Camille Michel, Jean-Pierre-Blanc et Didier Brazelier, chef de service des grands travaux à la DDE ont juré fidélité au vin de Quincy avant que tout le village ne trinque en souhaitant longue vie au bel ouvrage.

Maintenant que le nouveau pont est en service il faut s’occuper de l’ancien… sa démolition aura lieu quelques semaines plus tard. Mis au rancart il s’affaissera sous les coups de boutoir des pelleteuses. Cette opération durera plusieurs jours, sous les yeux de nombreux curieux et en fonction des conditions climatiques et de la résistance du béton armé dont la découpe avec la ferraille est souvent aléatoire. Il faut casser puis fragmenter les blocs et détacher la ferraille au chalumeau. Celle-ci sera récupérée tandis que les gravats serviront à divers remblais.

La presse locale relate encore l’évènement :

Le pont de Quincy quitte le paysage : Une page d’histoire est en train de se tourner à Quincy, le vieux pont voit sa fin proche. Une deuxième travée a été démolie sous les regards des scolaires et de quelques riverains.

Dans la mémoire des quatre-vingt-dix enfants de l’école de Quincy restera gravée la démolition du vieux pont. Un ouvrage d’art inauguré le 27 décembre 1925. Ils sont venus regarder cette opération. Sagement alignés derrière les barrières du camping, du plus petit au plus grand ils ont suivi la longue découpe de la pelle brise-béton pour séparer la travée centrale du pont afin qu’elle s’effondre. Des enfants curieux et studieux puisque depuis novembre dernier les CM1 et CM2 ont mené leur enquête sur l’histoire de ce pont. Par équipe ils ont interrogé les personnes âgées parmi lesquels le doyen de la commune, Monsieur Camille Pipet qui, avec ses 101 ans a assisté à l’inauguration du pont en train d’être démoli.

Quelques riverains étaient là aussi, appareil photo en main ou caméra au poing pour fixer ce moment historique, un tournant de l’histoire locale rempli de souvenirs comme pour Joël, membre de la confrérie des Compagnons du Poinçon : « Je suis né à Quincy en face de la poste et j’ai joué sur ce pont. Je marchais sur l’arche, je n’avais pas le vertige et je n’étais pas le seul ! » Daniel Duteil, responsable de la DDE venu s’assurer du bon déroulement des opérations a gardé lui aussi l’œil fixé à la caméra. Sur le nouveau pont ou en contrebas l’assistance a suivi de près en silence cette chute programmée. Quelques automobilistes ont ralenti à la vue de ces curieux. Cette chute s’est effectivement fait attendre. Car si le premier morceau tombé la semaine dernière n’avait nécessité qu’un peu plus d’une demi-heure, comme le soulignait le responsable de l’entreprise Cochery, cette partie là n’a cédé qu’au bout d’une heure et demie. Sa lourde masse érodée par le temps s’est avachie dans le lit du Cher dans un bruit sourd en l’espace de quelques secondes. Hélas les enfants n’ont pu assister à cette fin car l’heure de la cantine avait sonné depuis peu. En travers du lit de la rivière git la travée. Une fois cassés les morceaux seront évacués et serviront à endiguer un côté du plan d’eau. La semaine prochaine la dernière travée sera détruite et depuis le nouveau pont on ne verra plus que le lit de la rivière. L’eau du Cher a emporté l’histoire bien au-delà du vignoble de Quincy. Une page est tournée.

1842, 1925, 1993 trois dates importantes pour Quincy qui a vu ces années-là s’ouvrir un nouveau pont pour enjamber le Cher. Trois architectures différentes adaptées au trafic et aux conceptions économiques et esthétiques de leur temps.

A chaque époque le pont s’est inscrit dans l’histoire de notre village. Au milieu du 19ème siècle il fallait acquitter un péage pour franchir le cours d’eau sur un pont suspendu. Il y a soixante dix ans le pont de béton était un point de passage de la ligne de démarcation. En ce début de 21ème siècle il n’est heureusement plus question de péage ni d’ausweiss. L’intérêt du pont réside dans le confort qu’il apporte au trafic routier de la départementale 20 et dans sa conception architecturale. Et franchir le pont de Quincy est devenu un acte banal.

Il suffit de passer le pont....

En 1993, 68 ans après cette mémorable inauguration de 1925, le pont en béton armé cèdera la place au pont que nous connaissons aujourd’hui.

A la fin des années 80 la question se pose : Faut-il réparer ou reconstruire le pont de Quincy ? Le pont construit en 1925 suivant les techniques de l’époque a considérablement vieilli. Le béton est dégradé et certaines armatures sont à nu. La circulation n’est plus ce qu’elle était en 1925…Il est quotidiennement emprunté par 1500 véhicules par jour ! De plus sa largeur de chaussée est insuffisante et les véhicules de fort tonnage ou les engins agricoles lourds ont du mal à se croiser. Engager un projet de restauration conduirait à interrompre le trafic routier pendant plus d’un an. Personne ne souhaite faire subir aux riverains et usagers les inconvénients d’une déviation dont la mise en place par un ouvrage temporaire majorerait le coût de l’opération. « Un écartement des arcs aurait pu être imaginé, mais cela nécessitait au préalable une reprise des piles et des culées avec une architecture déséquilibrée trop éloignée de l’harmonie de l’ensemble D’ailleurs les piles auraient continué à arrêter les arbres lors des inondations » explique Monsieur Blanc, directeur de la DDE de l’époque. La prise en compte de l’intérêt général a donc conduit à envisager une nouvelle construction à proximité, légèrement en amont de l’ouvrage existant..

Pourquoi un tracé courbe ? Le site en sortie d’agglomération et la configuration de la Route Départementale 20 permettent un nouveau tracé composé avec les virages situés rive droite en direction de Mehun-sur-Yèvre. Outre ces contraintes routières le projet a du intégrer l’impact hydraulique : piles circulaires et travée centrale élargie autorisant un meilleur écoulement du Cher. Le pari architectural est lui aussi axé sur ce tracé original de forme courbe pour donner à l’ouvrage une ligne futuriste qui conjugue esthétisme et fonctionnalité.

La structure mixte, charpente métallique bleue supportant une dalle en béton armé, permet de combiner les volumes (piliers, tablier, corniche) et les couleurs : harmonie de béton gris et blanc contrastant avec le ton soutenu des poutres et des garde-corps.

Le coût de l’ensemble du projet s’élève à 13 millions de francs (environ 2 millions d’euros) dont 11 millions (environ 1,7 millions d’euros) pour l’ouvrage lui-même. Il est entièrement financé par le Conseil Général du Cher. Le poids total de matériaux nécessaires à sa construction étant de 3000 tonnes on peut dire que le kilo de pont a coûté 4,33 francs ! (environ 66 centimes d’euros)

Quelques éléments techniques

Longueur : 115,50 m, hors tout 123 m

Largeur entre garde-corps : 9m, hors tout 10,20m

Répartition des portées : 34m, 46m, 34m

Charpente métallique : 200 tonnes

601 m³ de béton de ciment blanc, 650 m³ de béton en appuis, 300 m³ de béton en tablier

Tirant d’eau : 6,80 m

Hauteur des piles : 7 m au dessus du fond de rivière

Chaussées : 10 m au dessus du fond de rivière

Les phases administratives

Appel d’offres et marché d’études : septembre 1990

Déclaration d’utilité publique et autorisation de travaux dans le lit du Cher : décembre 1991

Sélection de 6 candidats pour le lot métal et 8 candidats génie civil : juillet 1991

Attribution du marché au mandataire Cochery-Bourdin-Chaussé pour le génie civil et Baudin Châteauneuf pour le lot métal : janvier 1992

Attribution du marché terrassements et chaussées à la société Techroba : Juin 1993

remblai de plateforme, construction des appuis sur rivière et sur berges : avril à octobre 1992.

Assemblage de la charpente métallique sur site et lancement : novembre 1992

Construction de la dalle béton sur poutres métalliques : janvier à avril 1993

Equipement du tablier, des corniches, pose des garde-corps et réalisation de trottoirs : mai à juin 1993

Couche de roulement sur ouvrage : juillet 1993

Terrassements généraux, raccordements des chaussées, assainissements : septembre à novembre 1993

Inauguration et mise en service : vendredi 3 décembre 1993 à 16h.

Entamé au printemps 1992 le chantier a duré un an et demi. Lors d’une crue du Cher en novembre 1993 une baraque de chantier et une grue de levage fixés en surélévation sur un talus de remblai s’effondrent dans la nuit. Cet incident ne perturbe en rien le chantier qui n’a jamais pris de retard. La circulation routière n’a jamais été coupée puisque le nouveau pont a été érigé à quelques mètres de l’ancien. Et Quincy connaîtra pendant quelques semaines une situation inédite : deux ponts sur le Cher !

Beaucoup de Quinçois se souviennent de la journée inaugurale du 3 décembre 1993 et de l’aller-retour symbolique sur les deux ponts. Les officiels, la Confrérie des Compagnons du Poinçon en tenue d’apparat, les enfants des écoles et toute la population effectuent le trajet aller sur l’ancien pont. Au retour le cortège emprunte le nouveau pont et les officiels coupent le ruban tricolore disposé en son milieu. Une « Cuvée de la Traversée » a été spécialement mise en bouteille pour l’occasion, ornée d’une étiquette conçue par le dessinateur Bernard Capo.

L’événement fait l’objet de nombreux articles dans la presse locale :

Nouveau pas au dessus du Cher : Hier le nouveau pont de Quincy a été inauguré : Un ouvrage d’une nouvelle génération qui durant quelques jours encore fera de l’ombre à son ancêtre prochainement détruit : Ambiance des grands jours dans un pays de vignoble.

Une dernière fois les Quinçois sont passés sur le pont, l’ancien s’entend. A quelques brasses, un ouvrage moderne était encore hier après-midi barré par un ruban tricolore quand le cortège s’est avancé sur la chaussée. Compagnons du Poinçon en tête, suivis des enfants du village et des élus, le nouveau pont a été inauguré hier. Deux cents tonnes de charpente métallique, 115,50 mètres de longueur, 9 mètres de large, l’ouvrage se dresse fièrement au dessus du Cher, juste à côté de son ancêtre qui fait grise mine et qui sera démoli dans les prochains jours. Ce dernier, construit en 1925, aura bien des choses à raconter au paradis des ponts, mais l’histoire est ainsi faite. Coût de l’ensemble du projet : 13 millions de francs, dont 11 millions pour l’ouvrage lui-même, entièrement financés par le Conseil Général du Cher.

Un petit pincement au cœur

On sait marquer les grands événements dans ce pays de vignoble et hier après-midi tout le village était réuni pour saluer une dernière fois l’ancien pont. Le maire, Jean-Marie Clarté a évoqué dans son discours le petit pincement au cœur » ressenti par les Quinçois. « C’était le passage obligé entre la zone libre et la zone occupée » Quincy a connu dans ce siècle trois générations de pont. Celui construit en 1842 ne pouvait être emprunté que moyennant péage. Anecdote relevée par Jean-Pierre Blanc, directeur de la DDE du Cher : « A l’époque les ingénieurs et les conducteurs des Ponts et Chaussées étaient exemptés de ce péage.

La seconde génération était peut-être un peu plus solide, mais trop étroite, il fallait donc songer à un ouvrage plus moderne. C’est au printemps 1992 que le chantier a été entamé, il est aujourd’hui « le choix du symbole de la modernité dans une zone rurale qui souhaite accueillir convenablement les visiteurs », comme l’a souligné le député Franck Thomas-Richard. Car ici le mot voie de communication prend toute son importance. Ce paragraphe ayant d’ailleurs été ouvert par Camille Michel, vice-président du Conseil Général du Cher, représentant le président Jean-François Deniau. Il a rappelé que le département avait la charge de 4.422 kilomètres de route, soit 14 mètres par habitant, pour une moyenne nationale de 7 mètres, ajoutant à cela les 775 ouvrages d’art.

Equilibre entre la ville et la campagne

Précisions de Camille Michel qui tenait à dire l’effort du Conseil Général en matière d’entretien du réseau routier. Dans ce domaine le département a consacré 1.745.000.000 francs en 10 ans. Le vice-président du Conseil Général a déclaré que le département comptait poursuivre cette politique routière avec pour objectif des dessertes équilibrées entre les principaux centres urbains et le monde rural. Message reçu par les maires présents dans la salle du foyer rural au moment des discours.

La Confrérie des Compagnons du Poinçon de Quincy en Berry et la municipalité ont su célébrer cette journée en créant une cuvée spéciale de la traversée et en procédant à une cérémonie d’intronisation à l’issue de l’après-midi. Camille Michel, Jean-Pierre-Blanc et Didier Brazelier, chef de service des grands travaux à la DDE ont juré fidélité au vin de Quincy avant que tout le village ne trinque en souhaitant longue vie au bel ouvrage.

Maintenant que le nouveau pont est en service il faut s’occuper de l’ancien… sa démolition aura lieu quelques semaines plus tard. Mis au rancart il s’affaissera sous les coups de boutoir des pelleteuses. Cette opération durera plusieurs jours, sous les yeux de nombreux curieux et en fonction des conditions climatiques et de la résistance du béton armé dont la découpe avec la ferraille est souvent aléatoire. Il faut casser puis fragmenter les blocs et détacher la ferraille au chalumeau. Celle-ci sera récupérée tandis que les gravats serviront à divers remblais.

La presse locale relate encore l’évènement :

Le pont de Quincy quitte le paysage : Une page d’histoire est en train de se tourner à Quincy, le vieux pont voit sa fin proche. Une deuxième travée a été démolie sous les regards des scolaires et de quelques riverains.

Dans la mémoire des quatre-vingt-dix enfants de l’école de Quincy restera gravée la démolition du vieux pont. Un ouvrage d’art inauguré le 27 décembre 1925. Ils sont venus regarder cette opération. Sagement alignés derrière les barrières du camping, du plus petit au plus grand ils ont suivi la longue découpe de la pelle brise-béton pour séparer la travée centrale du pont afin qu’elle s’effondre. Des enfants curieux et studieux puisque depuis novembre dernier les CM1 et CM2 ont mené leur enquête sur l’histoire de ce pont. Par équipe ils ont interrogé les personnes âgées parmi lesquels le doyen de la commune, Monsieur Camille Pipet qui, avec ses 101 ans a assisté à l’inauguration du pont en train d’être démoli.

Quelques riverains étaient là aussi, appareil photo en main ou caméra au poing pour fixer ce moment historique, un tournant de l’histoire locale rempli de souvenirs comme pour Joël, membre de la confrérie des Compagnons du Poinçon : « Je suis né à Quincy en face de la poste et j’ai joué sur ce pont. Je marchais sur l’arche, je n’avais pas le vertige et je n’étais pas le seul ! » Daniel Duteil, responsable de la DDE venu s’assurer du bon déroulement des opérations a gardé lui aussi l’œil fixé à la caméra. Sur le nouveau pont ou en contrebas l’assistance a suivi de près en silence cette chute programmée. Quelques automobilistes ont ralenti à la vue de ces curieux. Cette chute s’est effectivement fait attendre. Car si le premier morceau tombé la semaine dernière n’avait nécessité qu’un peu plus d’une demi-heure, comme le soulignait le responsable de l’entreprise Cochery, cette partie là n’a cédé qu’au bout d’une heure et demie. Sa lourde masse érodée par le temps s’est avachie dans le lit du Cher dans un bruit sourd en l’espace de quelques secondes. Hélas les enfants n’ont pu assister à cette fin car l’heure de la cantine avait sonné depuis peu. En travers du lit de la rivière git la travée. Une fois cassés les morceaux seront évacués et serviront à endiguer un côté du plan d’eau. La semaine prochaine la dernière travée sera détruite et depuis le nouveau pont on ne verra plus que le lit de la rivière. L’eau du Cher a emporté l’histoire bien au-delà du vignoble de Quincy. Une page est tournée.

1842, 1925, 1993 trois dates importantes pour Quincy qui a vu ces années-là s’ouvrir un nouveau pont pour enjamber le Cher. Trois architectures différentes adaptées au trafic et aux conceptions économiques et esthétiques de leur temps.

A chaque époque le pont s’est inscrit dans l’histoire de notre village. Au milieu du 19ème siècle il fallait acquitter un péage pour franchir le cours d’eau sur un pont suspendu. Il y a soixante dix ans le pont de béton était un point de passage de la ligne de démarcation. En ce début de 21ème siècle il n’est heureusement plus question de péage ni d’ausweiss. L’intérêt du pont réside dans le confort qu’il apporte au trafic routier de la départementale 20 et dans sa conception architecturale. Et franchir le pont de Quincy est devenu un acte banal.

Il suffit de passer le pont….